Collectif Citoyen des 6 Associations de Beauvechain

Un article édifiant de CANOPEA qui répond en même temps à la question que nous nous posons tous :« A-t-on vraiment besoin de construire autant en Wallonie ? »

Pour l’environnement et le logement, il faut sauver la participation citoyenne !

La participation citoyenne en matière d’aménagement du territoire est attaquée de toutes parts. Accusée de tous les maux, elle est pourtant souvent la seule garante du bien commun face à des projets guidés par les seuls intérêts économiques des entreprises immobilières.

Au commencement, la Déclaration de Politique Régionale…

Le Gouvernement wallon indique dans sa Déclaration de Politique Régionale (DPR) : « Les procédures de permis d’urbanisme ou d’environnement font à juste titre la part belle à la capacité citoyenne de s’exprimer lors des enquêtes publiques, voire de contester les procédures lors de recours. Force est toutefois de constater l’existence de déséquilibres réguliers entre la recherche de l’intérêt général de certains projets et la défense d’intérêts particuliers de certains citoyens. Le Gouvernement veillera dès lors, afin de conserver une dynamique vertueuse entre la participation citoyenne et la sécurité d’investissement, à renforcer les critères attestant d’un intérêt à la cause, voire de périmètre éligible de contestation. »

D’après le Gouvernement wallon, les citoyens seraient donc de sales égoïstes qui s’opposent à des projets portés par des promoteurs immobiliers qui auraient, eux, l’intérêt général comme principale motivation. Pour pallier cela, le Gouvernement propose notamment d’établir un périmètre éligible de contestation, afin d’empêcher des personnes qui ne seraient pas directement impactées par les projets de s’y opposer. Pourtant, la mobilisation de personnes non impactées par les projets montre bien que ces luttes citoyennes défendent une cause d’intérêt général, que ce soit la protection de la biodiversité, du climat, ou de l’agriculture locale. Sinon, pourquoi des personnes provenant d’un peu partout en Belgique, et même au-delà, seraient-elles venues soutenir la ZAD (zone à défendre) de la Chartreuse à Liège ? Pourquoi des Bruxellois se déplaceraient-ils jusque Mariembourg pour manifester contre la destruction de terres agricoles ? Pourquoi une Namuroise prendrait-elle la peine de répondre à une enquête publique pour s’opposer à un projet qui menace un Site de Grand Intérêt Biologique à Mons ?

Même les « jeunes talents » s’y mettent

Dans la même veine, une opinion récemment publiée dans « L’Écho » par François-Guillaume de Lichtervelde, membre du Groupe du Vendredi, dénonce le phénomène « Nimby » (not in my backyard – pas dans mon jardin) et prône le « Yimby » (yes in my backyard – oui dans mon jardin) face aux projets immobiliers, qui serait selon lui, le seul moyen de répondre à la crise du logement. Pour quelqu’un qui se présente comme un « jeune talent », il pourrait faire preuve de davantage d’esprit critique.

En effet, le langage utilisé n’est pas neutre : le terme « Nimby » est une pure invention du secteur immobilier, avec pour seul objectif de décrédibiliser les opposants aux projets. Reprendre ce terme sans le critiquer revient donc à renforcer le discours de ce secteur, sans remise en question possible.

Et le logement dans tout ça ?

D’après le Groupe du Vendredi, le besoin en logements se chiffrerait à 500 000 pour la Belgique d’ici 2035, sans citer la source de ce chiffre. Or, d’après le Bureau Fédéral du Plan, le nombre de nouveaux ménages serait plutôt de 262 721 pour la période 2026-2035, dont 70 225 en Wallonie. L’IWEPS estime quant à lui le besoin en logements à 118 800 unités pour la période 2023-2038 en Wallonie, ce qui équivaut à 7900 nouveaux logements par an alors que la production nette lors des 15 années précédentes (2008-2023) était de 14 500 logements par an. Il est donc tout à fait normal que l’activité immobilière ralentisse, n’en déplaise aux entreprises du secteur. Les chiffres avancés par Embuild (la fédération des entreprises de la construction) sont d’ailleurs tout à fait fantaisistes, comme le montre le tableau ci-dessous. Embuild justifie cela en partie par « l’augmentation structurelle de la demande de résidences secondaires », mais il ne s’agit donc nullement d’un besoin en logement ! L’absence de régulation des résidences secondaires pose d’ailleurs question, alors que celles-ci entrent en concurrence avec la création de logements.

Besoin en logements d’ici 2050Estimation d’EmbuildEstimation du Bureau du Plan
Wallonie280 000122 809
Bruxelles60003686
Flandre600 000430 632
Belgique900 000557 127

Certes, la crise du logement est bien réelle, puisque des dizaines de milliers de ménages sont en attente d’un logement social. Mais il ne s’agit pas tant d’une crise du nombre de logements (celui-ci étant actuellement supérieur au nombre de ménages), que d’une crise du logement abordable et de qualité, de plus en plus inaccessible pour toute une partie de la population.

Une « brique dans le ventre » et un gaspillage d’espace

L’aménagement du territoire en Wallonie est particulièrement consommateur d’espace. Entre 1985 et 2023, la surface résidentielle moyenne est passée de 225 m² à 305 m²/habitant ! C’est trois fois plus qu’aux Pays-Bas, deux fois plus qu’en Allemagne et 1,7 fois plus qu’en France (pourtant moins densément peuplée que la Wallonie). En 38 ans, l’urbanisation a augmenté de 55 % pour une croissance démographique de seulement 15 %. On a donc construit des logements de plus en plus grands alors que la taille des ménages a diminué. C’est ainsi que, selon Eurostat, 59,4 % des logements sont considérés comme sous-occupés (c’est-à-dire qu’ils comptent un trop grand nombre de pièces par rapport à la taille du ménage), alors que seuls 5,9 % sont suroccupés.

Les Wallons auraient-ils donc une « brique dans le ventre » ? Probablement pas plus que nos voisins… Cette surconsommation d’espace résulte avant tout de choix politiques (désignation de zones d’habitat trop étendues au Plan de Secteur) et économiques (réticence du secteur immobilier à construire des logements modestes, jugés moins rentables).

Alors on fait quoi ?

Commençons déjà par lutter contre les logements inoccupés, qui sont plus de 40 000 en Wallonie, d’après une étude de l’ULiège.

Ensuite, soyons créatifs pour réutiliser le bâti existant. D’après une étude du Lepur, la simple division du bâti existant présente un potentiel de création de plus de 100 000 logements (sur base d’une approche réaliste limitant la pratique aux quartiers contenant presque uniquement des maisons unifamiliales, avec une taille minimale de 100 m² pour les logements finaux, et en divisant le potentiel obtenu par quatre). Si on ajoute à cela les possibilités d’extension horizontale et verticale des bâtiments, on arrive à un potentiel de plus de 200 000 logements, qui seraient donc largement suffisants pour répondre aux besoins en logement jusqu’en 2050. Mobiliser la création de ces logements nécessitera néanmoins la mise en place d’un accompagnement spécifique pour les propriétaires, dans l’optique de favoriser l’auto-promotion plutôt que la promotion immobilière (qui n’a tendance qu’à produire du neuf). Pour plus d’informations sur la division des logements, n’hésitez pas à consulter l’excellente étude de mes collègues Aurélie et Eva sur le sujet.

Enfin, il est paradoxalement plus difficile d’obtenir un permis pour un habitat léger que pour un vaste projet immobilier en béton, pourtant beaucoup plus impactant pour l’environnement. Un meilleur taux d’acceptation de l’habitat léger par les communes permettrait d’encourager d’autres manières d’habiter, plus respectueuses de l’environnement, plus flexibles et plus facilement adaptables face aux évolutions démographiques futures. Il s’agirait également de permettre aux personnes à faibles revenus en recherche d’indépendance vis-à-vis du marché locatif d’acquérir leur propre logement à prix modéré.

Face aux urgences environnementales et sociales, il est important de revoir en profondeur nos usages des territoires. Comment peut-on encore tolérer que des logements soient laissés vides, ou que des résidences secondaires ne soient utilisées que quelques week-ends par an, alors que des milliers de personnes dorment dans la rue ? Comment peut-on tolérer que des terres agricoles soient ensevelies sous le béton alors que des friches industrielles sont laissées à l’abandon ?

Conclusion

Nous l’avons vu, il est à la fois possible et souhaitable de répondre aux besoins en logement tout en préservant l’environnement. La mobilisation citoyenne est cruciale, car elle permet d’éviter la réalisation de nombreux projets destructeurs. Si les urbanistes disposent de nombreuses compétences techniques, les citoyens et citoyennes possèdent une « expertise du vécu » et une connaissance fine de leur cadre de vie qui permet souvent d’alerter les décideurs et décideuses sur les conséquences potentielles des projets sur la biodiversité, la mobilité, l’habitabilité des lieux, etc.

Ne laissons pas les entreprises immobilières sacrifier nos territoires sur l’autel du profit. En Wallonie comme à Bruxelles et partout ailleurs, il est temps de reprendre le contrôle démocratique du marché immobilier !

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